« Levez la main droite et dites « Je le jure ». » On connaît la formule par cœur, ce rituel du tribunal où l’on demande à un témoin de prouver sa bonne foi. Sauf qu’ici, personne ne lèvera la main. L’enfant est allongé sur le dos, et la photo ne cadre que sa main retombée au sol, paume ouverte, un chouchou rose ou un bracelet encore au poignet. La consigne du serment se heurte à un corps qui ne peut plus y répondre. Pour Innocence en Danger, l’agence Babel signe une campagne qui dit le drame par son issue.

Le contexte qu’elle pointe est glaçant. Chaque année en France, près de 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles, et plus de 70 % des plaintes déposées finissent classées sans suite. Derrière ces chiffres, des enfants qui ont parlé et qu’on n’a pas crus à temps. La signature referme l’image sans détour : « N’attendons pas qu’il soit trop tard pour les croire. »

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Un serment devenu impossible

L’idée créative tient dans une collision. D’un côté, une injonction de justice qui réclame des preuves et de la solennité. De l’autre, une main d’enfant qui ne se lèvera plus. Le message se loge dans cet écart : on a attendu d’un enfant qu’il fasse ses preuves, qu’on le croie sous condition, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien à croire. Le serment n’accuse pas l’enfant, il accuse le système qui ne l’a pas écouté.

Une image qui refuse de consoler

Le parti pris visuel ne cherche aucune douceur. La main repose sur un sol jonché de débris, dans un décor d’abandon qui désigne l’agression sans la mettre en scène. Sous la direction de création de Jean-Laurent Py, avec Louis Grzeskowiak à la direction artistique et Cédric Hamelin à la conception-rédaction, Babel assume une dureté revendiquée. « La campagne est dure car nous voulons que ce sujet soit enfin vraiment mis sur la table », explique le directeur de création.

Une interpellation adressée aux pouvoirs publics

Au-delà du choc, l’association porte une demande précise : une justice spécialisée, dotée de magistrats, d’enquêteurs et de pédopsychiatres formés à recueillir la parole de l’enfant. Projet piloté par Matthieu Angevin chez Babel, déployé en presse et en affichage via l’agence média Monolith, le dispositif s’installe dès le 18 juin et tout l’été. Un cas de communication d’intérêt général qui choisit l’effroi plutôt que le pathos pour empêcher qu’on détourne le regard.

Ce n’est pas la première fois qu’Innocence en Danger et Babel choisissent le choc pour faire bouger les lignes. En 2021, le duo jouait sur un registre radicalement opposé en cotant fictivement l’enfance à la Bourse de Paris à moins 142,7 milliards d’euros. Hier l’argent parlait aux pouvoirs publics, aujourd’hui c’est une image qui s’en charge.