À Gand, en Belgique, une grande silhouette blanche flotte au pied du château des Comtes. Mais pour qu’elle reste debout, les passants doivent se retrousser les manches : cette sculpture gonflable du duo autrichien zweintopf dépend d’une station de pompage actionnée par le public. Lorsque l’effort s’arrête, elle se dégonfle progressivement, jusqu’à devenir une enveloppe vide.

Baptisée Perseverance (Goddess of Democracy), l’œuvre transforme ainsi la démocratie en exercice physique collectif. Pas question de simplement contempler un monument : il faut contribuer à son maintien. Le principe est aussi concret que son message : ce qui semble tenir debout ne se maintient pas tout seul.

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Un monument qui a besoin de ses visiteurs

Installée sur une plateforme flottante dans les douves du Gravensteen, la figure est reliée à un dispositif qui lui apporte de l’air. Les visiteurs sont invités à pomper continuellement pour conserver son volume. L’ensemble atteint sept mètres de haut, socle compris : une présence monumentale dont la stabilité dépend pourtant d’un effort humain renouvelé.

Le contraste avec le décor fait partie de la force visuelle de l’installation. Derrière cette silhouette souple se dressent les murs de pierre et les créneaux d’un château fort. D’un côté, une architecture conçue pour résister ; de l’autre, une figure dont la tenue reste visiblement précaire. Ici, la fragilité n’est pas un défaut à dissimuler, mais le cœur du dispositif.

Cette déesse renvoie à une sculpture bien réelle : celle érigée en mai 1989 sur la place Tiananmen, à Pékin, par des étudiants en art. Haute de dix mètres, la statue originale a été détruite lors de la répression des manifestations prodémocratie. zweintopf lui rend hommage avec une réinterprétation gonflable, présentée pour la première fois en 2019 à l’Europapark de Klagenfurt, en Autriche.

La démocratie comme pratique, pas comme décor

Pour sa présentation gantoise, le Design Museum Gent a commandé une réplique de l’œuvre. Elle s’inscrit dans Democracy Workout, un parcours d’installations interactives proposé au musée et dans la ville. Le programme invite notamment à exercer l’écoute, à développer sa propre voix, à négocier des compromis et à aborder les conflits de manière constructive.

Avec cette station consacrée à la persévérance, l’idée prend une forme immédiatement lisible. Le public ne déclenche pas simplement une animation : il entretient une présence, aussi longtemps qu’il accepte d’y consacrer de l’énergie. Une manière de déplacer le rôle du spectateur, de celui qui regarde un symbole à celui qui contribue à le faire tenir.

Faire du spectateur un acteur de l’œuvre : ce principe prend une tournure plus ludique chez Ayumi Tsuchiya. Avec ses sculptures sensorielles et musicales en bois , l’artiste japonaise invite le public à toucher, se balancer et jouer ensemble. Là où la déesse de zweintopf réclame un effort pour tenir debout, ses créations font naître la musique du mouvement des corps.