Face à une œuvre, les adultes cherchent le mode d’emploi. Les enfants, eux, grimpent, poussent, tirent et écoutent sans se poser de question. C’est de cette observation que l’artiste plasticienne et ébéniste japonaise Ayumi Tsuchiya a fait le cœur de sa pratique. Ses chaises en bois, ses bascules musicales, ses bols géants creusés à la main et ses sièges en forme de fleur occupent un espace hybride entre sculpture, mobilier, instrument et aire de jeu.
Le principe est simple et redoutablement efficace : ces objets demandent le corps autant que le regard, et réclament d’être utilisés avant d’être compris. Une chaise à bascule devient banc quand on la retourne, une bascule se transforme en xylophone quand deux personnes bougent ensemble. Derrière le geste enfantin, Tsuchiya poursuit une intention claire, reconnecter les adultes à une sensibilité endormie, celle qui touche avant d’analyser.
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Une expérience sensorielle qui passe par le corps
Tout, chez Ayumi Tsuchiya, mise sur le sensoriel plutôt que sur la contemplation. L’artiste avoue ne pas aimer regarder des œuvres dans un musée, mais s’intéresser à ce qui se passe autour d’elles. D’où des pièces pensées comme des espaces de rencontre, où l’expérience naît du mouvement, de l’équilibre et du toucher. L’œuvre n’est plus un objet à admirer mais un prétexte à interagir et à communiquer.
La musique comme dispositif d’engagement
La musique irrigue son travail pour une raison inattendue : Tsuchiya ne sait jouer d’aucun instrument. De cette frustration naît un vrai dispositif créatif, celui d’instruments jouables par tous. Dans Do-Re-Mi-Fa-Si-So, la mélodie surgit du déplacement des corps, tandis que Doremi-fa Sofa transforme le poids d’un visiteur en composition, des billes de bois filant sur un xylophone. Le geste musical devient collectif, accessible, et profondément ludique.

L’artisanat contre le tout-écran
À l’heure où l’art interactif carbure aux capteurs et aux logiciels, Ayumi Tsuchiya revendique l’analogique (vous pouvez découvrir son univers sur son compte Instagram). Chaque pièce naît d’une esquisse, passe par les plans techniques, la sélection du bois, l’assemblage et la fabrication, le tout réalisé de ses mains. La mécanique reste visible, la main du fabricant aussi. Récompensée du prix du mérite interactif au One Show de New York en 2013, elle a depuis collaboré avec MUJI, Benesse, Karimoku Furniture, IKSPIARI (Tokyo Disney Resort) et KITTE.
Ayumi Tsuchiya fait du bois un terrain de jeu sensoriel, mais l’objet ludique inspire aussi d’autres formes. Dans son atelier de Tlaxcala, l’artisan mexicain Luis Jesús Vázquez Gabriel sculpte à la main un baby-foot en bois où s’affrontent les dieux mayas et aztèques, transformant le jeu de café en récit mythologique.






