Pour célébrer le centenaire de sa Central Library, la Los Angeles Public Library a transformé la rotonde de son bâtiment Art déco en salle d’exposition d’un genre inhabituel. Au centre, un livre s’ouvre sur près de dix mètres carrés au sol et grimpe à plus de trois mètres de haut. Le genre d’objet qu’on ne feuillette pas tout seul.

Baptisée « Luceros y Penumbras », l’œuvre a été officiellement reconnue par le Guinness World Records comme le plus grand livre pop-up jamais réalisé. Elle est signée de l’artiste et graveur angeleno Daniel González, avec l’ingénierie papier de Matthew Reinhart et une fabrication confiée au studio Goodnight & Co.

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Près d’une tonne de papier, de carton et de tissu

Le livre mesure environ 9,5 mètres sur 6,1 mètres une fois ouvert, un format qui dépasse l’ancien record de 8,8 mètres sur 5,5 mètres. Il pèse plus de 800 kg, soit presque une tonne, et n’utilise pourtant que des matériaux de livre classiques : papier, carton ondulé, tissu et colle. Pour tourner une page, une douzaine de personnes sont nécessaires, équipées de longues perches matelassées.

Deux planches qui racontent Los Angeles

Réduit à quatre pages, l’ouvrage déploie deux scènes présentées en alternance et changées chaque semaine. La première dresse la façade de la Central Library sous un ciel étoilé, inspiré des histoires que racontait la grand-mère de González. La seconde met en scène un « arbre de la sagesse » entouré d’animaux et de symboles à repérer, dans l’esprit d’un cherche-et-trouve.

Une mémoire personnelle mise en volume

L’arbre relie deux skylines qui ont façonné l’artiste : le centre de Los Angeles et El Teúl, la ville mexicaine de ses parents. González y glisse la culture tongva/kizh, peuple autochtone du bassin angeleno, et une phrase bilingue, « Each person is a library ». Chaque image part d’une gravure sur linoléum, imprimée à l’encre puis numérisée pour ajouter la couleur.

Un géant qui dialogue avec les collections

Derrière la prouesse, il y a un vrai calcul de dispositif créatif. En commandant ce record via la Library Foundation of Los Angeles, l’institution fait du marketing expérientiel avec son propre médium : le livre. Todd Lerew, commissaire de l’exposition, décrit un émerveillement enfantin qu’il s’agissait, selon lui, de pousser au maximum.

Un record qui dialogue avec les collections

Le pop-up géant est présenté aux côtés de la Toy Movable Collection de la bibliothèque, un fonds rare de plus de 2 000 livres animés. La mise en regard transforme la visite en stratégie d’engagement : on vient pour le record, on repart en ayant redécouvert un pan méconnu du patrimoine. À voir dans la rotonde jusqu’à la mi-novembre 2026.

Ce goût des institutions pour le pop-up hors norme n’est pas isolé. Bien avant que Los Angeles ne décroche le record, l’Australian Catholic University misait déjà sur le même effet de sidération avec un livre pop-up géant signé James Gulliver Hancock pour célébrer les réussites de ses étudiants. Là aussi, tourner une seule page demandait de s’y mettre à plusieurs.