Des chaussons entourés de pissenlits duveteux, un tournesol qui s’épanouit au-dessus d’un talon, des courgettes transformées en ballerines… Katerina Shukshina compose des chaussures avec de véritables végétaux. À mi-chemin entre accessoire de mode et sculpture, ses créations détournent les formes du jardin pour habiller les pieds de manière inattendue.
Ici, les fleurs ne sont pas des motifs imprimés et les légumes ne servent pas simplement de décor : ils constituent la matière des pièces. L’artiste travaille avec leurs volumes, leurs couleurs et leurs textures, puis photographie ses réalisations avant qu’elles ne se fanent. Certaines ne conservent leur fraîcheur qu’une journée : ce vestiaire se découvre donc surtout en images.
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Le jardin comme réserve de formes
Pour concevoir ses pièces, Katerina Shukshina ne passe généralement pas par le dessin préparatoire. Elle observe et manipule une plante, dont la silhouette peut lui suggérer un objet : une courgette évoque ainsi une ballerine. À l’inverse, elle peut partir d’une chaussure ou d’un accessoire qu’elle imagine, puis chercher les végétaux adaptés. La matière impose ses possibilités et une part d’improvisation reste essentielle.

Son approvisionnement se fait principalement à proximité : dans son potager, autour de sa maison ou lors de sorties en forêt. Elle étale les matériaux végétaux sur une couverture, dans un espace de verdure, puis commence à créer. Quand la réalisation demande peu de temps, elle la filme et la photographie le jour même. Avec des plantes susceptibles de changer en quelques heures, le temps disponible fait aussi partie des contraintes.
Ce regard sur les végétaux remonte à son enfance dans un petit village. Avec ses frères et sœurs, elle fabriquait des cabanes en branches et des manucures en pétales de fleurs. Les feuilles devenaient de la monnaie pour jouer à la marchande. Devenue artiste après avoir enseigné l’histoire, elle prolonge ces jeux en leur donnant les silhouettes familières de la mode.

Après les photos, les courgettes passent en cuisine
Ses expérimentations dépassent les chaussures : elle réalise aussi une veste en feuilles de chou ou un sac en choux de Bruxelles. Le chou compte d’ailleurs parmi ses matières favorites, notamment pour sa texture et la diversité de ses variétés.

Et lorsque les images sont prises, tout ne finit pas nécessairement au rebut. Dans son entretien avec le Garden Museum, l’artiste explique chercher des usages pratiques à ses pièces : les ballerines en courgettes deviennent des galettes, les feuilles de la veste nourrissent les poules et les tomates cerises d’un sac rejoignent une salade. Une seconde vie très concrète pour ces accessoires qui ne promettent pas de durer. Pour en voir plus et suivre l’artiste, rendez-vous sur son compte Instagram.
Chez Katerina Shukshina, les fleurs deviennent des chaussures ; avec Yerba Madre et le studio Basura, le mouvement s’inverse. Leurs chaussures biodégradables Dirt Shoes , composées de terre, de fibres végétales et de graines, sont conçues pour s’effriter en marchant et libérer des graines de fleurs sauvages. Une autre façon de penser la seconde vie d’une chaussure éphémère.








