Pendant quatre jours, la Grand-Place de Bruxelles troque ses pavés historiques contre un immense tableau végétal. La 24e édition du Tapis de fleurs, visible du 13 au 16 août 2026, rend hommage à l’une des estampes les plus reconnaissables au monde, la Grande Vague de Kanagawa, dans une version entièrement recomposée à base de fleurs.
Le choix du Japon comme thème n’a rien d’anodin : l’édition célèbre les 160 ans de relations diplomatiques entre la Belgique et le Japon, et marque le retour du pays comme invité d’honneur dix ans après sa première participation à l’événement en 2016. Un ancrage culturel fort qui dépasse la simple prouesse horticole.
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Une réinterprétation graphique plutôt qu’une copie
Le motif, baptisé Neo Hokusai, est signé Hiro Sugiyama, artiste japonais fondateur du collectif d’art contemporain Enlightenment. Plutôt que de reproduire fidèlement l’estampe du XIXe siècle, Sugiyama la retraduit à travers des lignes géométriques, des aplats de couleurs francs et une précision presque digitale, façon pont entre le ukiyo-e et l’esthétique d’un écran. L’exercice illustre bien ce qu’un dispositif créatif peut apporter à un patrimoine culturel : non pas l’illustrer platement, mais le faire dialoguer avec un langage visuel contemporain.

750 000 dahlias pour une fresque de 1300 m²
La prouesse technique est aussi dans les chiffres. Plus de 750 000 dahlias composent l’installation, qui couvre près de 1300 mètres carrés et représente à elle seule environ 80% du tapis. Le dahlia, fleur fétiche de l’événement depuis 2024, est ici associé à des motifs japonais intégrés à la composition : un damier ichimatsu, symbole traditionnel de continuité et de prospérité, encadre le haut et le bas du tapis, tandis que des motifs inspirés des boiseries kumiko ranma habillent les bords. Les armoiries de Bruxelles occupent quant à elles les quatre coins, façon de rappeler que l’hommage au Japon reste ancré dans son terrain d’accueil.

Un clin d’oeil à l’histoire du japonisme
Le choix de Hokusai n’est pas qu’esthétique, il est aussi une référence assumée au japonisme, ce mouvement qui a vu les estampes japonaises influencer en profondeur les artistes européens à la fin du XIXe siècle. Plus d’un siècle plus tard, la boucle est bouclée : une image exportée du Japon vers l’Europe est aujourd’hui reconstruite pétale par pétale au coeur de la capitale belge. Une manière habile de transformer un simple décor floral en véritable stratégie d’engagement culturel entre les deux pays.
Nouveauté de cette édition, la Grand-Place n’est plus le seul point du dispositif. Un second tapis de fleurs prend place à l’intérieur de la Bourse de Bruxelles, prolongeant le parcours dans le centre-ville. Cette installation complémentaire s’inspire du houblon, symbole de la tradition brassicole belge, et joue sur des tons naturels et une imagerie botanique pour relier les héritages floral et bièrier du pays. Un exemple de marketing expérientiel qui étend l’événement au-delà de son lieu emblématique pour créer un vrai parcours touristique en centre-ville.

Une mise en place collective et minutée
La fabrication du tapis mobilise plus d’une centaine de bénévoles, qui ont disposé les fleurs à la main sur une trame quadrillée et numérotée, chaque numéro correspondant à une couleur précise du dessin de Sugiyama. Takeshi Osuga, ambassadeur du Japon en Belgique, a lui-même participé à la pose des fleurs, symbole supplémentaire de cette coopération bilatérale. Le tout est accompagné, chaque soir, d’un spectacle son et lumière projeté sur le tapis de 21h45 à 23h, avec des passages toutes les 15 minutes.
Pour une oeuvre composée de centaines de milliers de fleurs coupées et vouée à disparaître au bout de quatre jours, Neo Hokusai prouve une nouvelle fois qu’un dispositif éphémère bien pensé peut générer un vrai impact d’activation terrain, entre patrimoine, diplomatie culturelle et sens du spectacle.







