On pensait avoir tout vu en matière de brand utility, jusqu’à ce que cette marque décide de s’attaquer au moment le plus intime de la journée. Let Loose vient de lancer les SH*T Shoes, des sandales à semelle compensée pensées pour une seule et unique activité : aller aux toilettes. L’objectif : remplacer le classique tabouret WC par un objet assumé, presque décoratif.

Derrière la blague potache se cache un vrai insight produit. La marque prend un problème universel dont personne ne parle, la posture assise sur la cuvette, et le règle avec un dispositif créatif qui coche à la fois la case fonctionnelle et la case esthétique. C’est là que l’idée devient maline.

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Une plateforme de dix-huit centimètres pour rejouer la position accroupie

Le principe repose sur une donnée anatomique connue des professionnels de santé. Assis sur des toilettes classiques, le muscle qui entoure le rectum reste partiellement plié, ce qui crée une résistance. En surélevant les genoux de sept pouces, soit environ dix-huit centimètres, les SH*T Shoes redressent l’angle ano-rectal et reproduisent la position accroupie de nos ancêtres. Moins d’efforts, plus de fluidité, promet la marque.

Le design comme argument de vente

Le vrai coup de génie n’est pas médical, il est marketing. Le marché du tabouret de toilettes existe déjà, dominé par la Squatty Potty et le TUSHY Ottoman. Ces objets fonctionnent, mais ils sont laids et encombrants. Let Loose retourne l’insight : on cache un tabouret, on n’a pas honte d’une jolie paire de sandales rétro. La marque vend moins un accessoire santé qu’un objet qu’on ose laisser en évidence dans sa salle de bain.

Une fondatrice qui incarne le produit

La force du récit vient d’Alexandra Houx Grounds, artiste devenue entrepreneuse, qui a fondé Let Loose après quinze ans de constipation, ballonnements et troubles digestifs. Cette légitimité vécue nourrit une stratégie d’engagement redoutable : quand elle affirme dans sa vidéo Instagram que ses chaussures vont changer la façon dont le monde va aux toilettes, le ton décalé fait passer la promesse produit sans jamais tomber dans le discours clinique. Vous pouvez découvrir toutes ses vidéos sur son compte Instagram.

L’humour comme moteur de viralité

Tout le dispositif repose sur un marketing expérientiel à base d’autodérision. Le nom, le disclaimer qui interdit formellement de marcher avec, les formules comme votre côlon va être intrigué : chaque détail est écrit pour être screenshoté et partagé. Résultat, un déferlement de commentaires en ligne, du « je sais quoi offrir à tout le monde cette année » au « j’ai jamais acheté quelque chose aussi vite ». Une marque de compléments alimentaires qui devient sujet de conversation, c’est exactement l’effet recherché.

Ce que retient un communicant

Les SH*T Shoes rappellent une évidence trop souvent oubliée : un bon produit d’activation n’a pas besoin d’être sérieux pour être crédible. Let Loose prend un besoin réel, la constipation touche 16 % des Américains et près d’un tiers des plus de 60 ans, et l’habille d’une exécution assez drôle et assez chic pour se vendre toute seule. La marque précise d’ailleurs que le produit, en instance de brevet, n’a pas vocation à diagnostiquer ou traiter quoi que ce soit. Peu importe : le vrai bénéfice, ici, est autant conversationnel que digestif. Vendues à 69 dollars en édition limitée, les SH*T Shoes sont en vente sur le site officiel de Let Loose.

Le tabouret de toilettes a déjà inspiré des campagnes bien plus loufoques que ces sandales. Pour vendre le même bénéfice postural, Squatty Potty a mis en scène un petit dragon qui défèque de l’or, dans un spot fantaisiste et déjanté signé avec l’agence Harmon Brothers, devenu culte pour son humour absurde.