Il existe peu de débats aussi inutiles et aussi passionnés que celui du bon dosage de ketchup. Un filet sur le hot dog ou une couverture complète ? Une noisette à côté des frites ou un bain ? Heinz a passé un an à observer ces disputes en ligne et a décidé d’en faire un objet plutôt qu’un film publicitaire.
Résultat : le Love Lid, un bouchon vissable à trois crans baptisés Like, Love et Crazy Love (J’aime, J’adore, À la folie), qui permet de régler le débit de sauce avant même de presser la bouteille. La campagne est signée Wieden+Kennedy London, le mécanisme a été développé avec le studio Beta Design Office, et le dispositif est lancé aux États-Unis et au Royaume-Uni pour la saison des barbecues.
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Un insight ramassé directement dans les commentaires
Le point de départ n’est pas une étude de marché mais une observation de conversation sociale. Heinz s’appuie sur plus de 1 500 échanges en ligne recensés en un an autour de la question du dosage « correct », notamment sur Reddit. La marque ne tranche pas le débat, elle vend l’outil qui permet à chacun d’avoir raison chez soi.
Trois crans et un mécanisme réellement breveté
Ce n’est pas un simple habillage. Le Love Lid est un bouchon en deux parties dont la rotation fait remonter un noyau interne pour élargir progressivement l’ouverture, là où la plupart des bouchons réglables se contentent d’aligner des orifices fixes. Il est moulé dans le même polypropylène que les bouchons Heinz classiques, donc sa recyclabilité reste identique.

Zéro contrainte industrielle, tout le bénéfice d’image
Le vrai coup de force est ailleurs : la bouteille n’a pas bougé d’un millimètre. Le Love Lid se visse sur n’importe quel flacon de 20 oz déjà en circulation, ce qui évite à Kraft Heinz toute modification de ligne de production, toute requalification de packaging et toute question de fin de vie. Un maximum de signal créatif pour un minimum de risque industriel.

Le packaging comme terrain de brand utility
Après le Heinz Dipper et sa boîte de frites à compartiment intégré, la marque confirme qu’elle a déplacé son territoire d’expression du message vers l’objet. C’est une stratégie de brand utility assez lisible : au lieu de raconter l’attachement irrationnel des consommateurs à sa sauce, Heinz leur livre un accessoire qui matérialise cet attachement et le rend mesurable.

Une distribution volontairement rare
Le bouchon n’est pas vendu seul et n’arrivera pas en rayon. Il est proposé en bundle limité avec une bouteille de ketchup et une fiche papier suggérant le réglage adapté à chaque plat, en exclusivité sur thelovelid.com. La rareté fait partie du dispositif créatif autant que le produit lui-même.

La critique fait aussi partie du plan
Le média food Sporked a immédiatement dégainé un papier titré « Heinz, vous auriez dû vous arrêter à la perfection », arguant que le dosage de ketchup relève de l’instinct et non de la science. C’est exactement le type de réaction qu’une activation de ce genre cherche à provoquer : chaque avis tranché relance le débat d’origine, et donc la visibilité du produit.
Ce n’est pas la première fois que Heinz préfère corriger un irritant du quotidien plutôt que tourner un film. En janvier dernier, la marque imaginait avec l’agence Rethink une boîte à frites dont le logo keystone se transforme en compartiment à sauce, déployée dans onze pays. Même logique : c’est le packaging qui parle, pas le discours.





