Canicule vient du latin canicula, « petite chienne ». C’est le nom donné à Sirius, l’étoile de la constellation du Grand Chien, dont le lever annonçait dans l’Antiquité les grandes chaleurs de l’été. Un détail étymologique que la conceptrice-rédactrice Rano Bernerd et la directrice artistique Orane Caouren ont décidé de prendre au pied de la lettre pour signer un projet fictif qui frappe juste.

Le point de départ est personnel. Une remarque de rue, « vous êtes bien roulées », lancée un soir d’été en sortant du sport, comme le précise Rano dans son post LinkedIn. La sidération, le silence, la marche qui continue. Et un chiffre qui donne le cadre : +30 % de signalements de harcèlement de rue pendant les vagues de chaleur, selon une étude Umay de 2025.

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Le chien était déjà dans le mot

L’insight créatif tient en une phrase, le chien était déjà dans le mot, restait à le sortir. Plutôt que d’illustrer le sujet par des visages de femmes, la campagne détourne le langage lui-même en littéralisant son étymologie. Le choix se porte sur le caniche à la coupe continentale, cette taille qui laisse le haut du corps couvert et le bas dénudé. Un chien que l’on tond pour qu’il soit regardé, jamais accusé de l’avoir cherché.

Des punchlines qui retournent le regard

Trois visuels composent le dispositif, chacun associant un gros plan photographique du caniche à une phrase entendue dans la rue par les femmes chaque été : « Encore une qui l’a bien cherchée », « Te plains pas si on te siffle », « Faut pas t’étonner si tu sors à poil ». Le procédé fonctionne parce qu’il déplace l’absurdité de ces remarques sur un animal, révélant par contraste combien elles sont inacceptables adressées à une personne. La série se referme systématiquement sur la définition du mot canicule, qui boucle la démonstration.

Le dispositif reste pour l’instant un exercice de style visuel avant tout stratégique. Les images de cette première version sont générées par intelligence artificielle, le duo cherchant désormais à faire produire la série en prise de vue réelle. Une démarche qui illustre bien comment un projet pro-act peut servir de vitrine créative avant même d’être commandité, en misant sur la force d’un concept plutôt que sur un budget de production.

Le genre d’idée qui donne envie de l’afficher dans la rue

Au-delà du message social, l’exécution intéresse aussi pour sa dimension de dispositif créatif au service d’une cause. En s’appuyant sur l’étymologie et le détournement visuel plutôt que sur la statistique brute, la campagne construit une activation terrain potentielle qui pourrait aisément se prolonger en affichage urbain pendant les périodes de forte chaleur, moment où le message trouve une résonance maximale.

Le harcèlement dans l’espace public inspire des réponses créatives bien différentes selon l’angle choisi. À Londres, TfL et l’agence VCCP misent sur l’action collective avec leur campagne Act Like a Friend qui apprend aux témoins à intervenir face au harcèlement dans les transports.