À l’entrée du parc Biidaasige, à Toronto, un arbre aux paniers de basket pousse là où l’on attendrait un équipement sportif classique. Baptisée Orange Functional, cette sculpture en acier d’Alexandre Arrechea déploie plus de vingt cercles au bout de branches courbes, à différentes hauteurs. Contrairement à beaucoup d’œuvres d’art public, celle-ci est faite pour recevoir des ballons.

Les visiteurs peuvent apporter leur propre ballon et viser le panier de leur choix. Certains sont faciles d’accès, tandis que d’autres dominent la structure. Sans cible principale ni sens de jeu imposé, chacun doit inventer ses tirs, ses défis et ses propres règles.

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Un terrain de basket sans mode d’emploi

La multiplication des paniers bouleverse aussitôt les habitudes. Un tir manqué sur un cercle placé en hauteur peut retomber dans un autre filet, transformant un échec en point inattendu. Les branches créent ainsi plusieurs trajectoires possibles et rendent chaque tentative moins prévisible qu’un lancer franc traditionnel.

Lorsque les ballons traversent les filets puis rebondissent sur le sol, la comparaison avec un arbre fruitier prend tout son sens. Les sphères orange semblent tomber des branches comme des fruits mûrs, donnant du mouvement à une sculpture dont l’apparence est déjà liée à la nature.

D’une sculpture à une œuvre vraiment jouable

Le concept remonte à 2010, lorsque l’artiste cubain imagine Orange Tree, une structure arborescente terminée par des paniers de basket. Cette première œuvre installe l’image étrange d’un équipement sportif qui se multiplie jusqu’à perdre sa fonction habituelle.

En 2022, une commande d’Art Omi à Ghent, dans l’État de New York, fait évoluer cette idée. Orange Functional devient la première sculpture de basket réellement utilisable conçue par Alexandre Arrechea. Le public n’est plus seulement invité à observer l’objet, mais à participer directement à l’œuvre.

Le terrain de basket est un motif récurrent dans le travail de l’artiste, qui s’intéresse depuis plus de vingt ans aux espaces de rassemblement et aux règles qui organisent les lieux publics. Ici, les éléments restent immédiatement reconnaissables, mais leur accumulation oblige les joueurs à abandonner le fonctionnement classique du match.

Installée sur la place de l’ancienne caserne Old Firehall 30, à l’une des entrées principales du parc Biidaasige, la sculpture rejoint le Lassonde Art Trail. Placée à proximité de jeunes arbres, sa ramure d’acier prolonge le paysage tout en offrant aux promeneurs une bonne raison de s’arrêter pour jouer.

À Toronto, Alexandre Arrechea détourne le panier pour libérer le jeu. Au Havre, le même symbole sportif sert un tout autre geste collectif : la municipalité s’appuie sur le plaisir de viser pour encourager la propreté urbaine. Une façon maligne de voir comment la ville du Havre transforme ses poubelles en paniers de basket et fait du déchet un ballon à lancer.