Deutsche Telekom détourne une expression bien connue pour montrer comment les violences numériques contre les femmes peuvent être banalisées dès l’enfance. Intitulé « Was sich liebt… », le film reprend le proverbe « Was sich liebt, das neckt sich », l’équivalent de « Qui aime bien châtie bien », pour révéler ce qu’il peut servir à excuser.

La campagne de l’initiative #GegenHassImNetz suit une succession de comportements dont la gravité augmente. Une bousculade dans une cour de récréation laisse progressivement place aux insultes sexistes, aux images sexuelles non sollicitées, au partage de contenus intimes, à la divulgation de données personnelles et aux menaces. Jusqu’à ce que la violence quitte les écrans.

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Un proverbe répété comme une excuse

Le film s’ouvre sur un garçon qui pousse une fille et lui tire les cheveux. Autour d’eux, les adultes minimisent la scène avec le fameux proverbe. La même phrase réapparaît ensuite lors d’une réunion de famille, à l’école, dans des conversations privées et au sein de communautés de joueurs en ligne.

À chaque répétition, la formule semble autoriser un comportement plus inquiétant. Le film relie ainsi des gestes souvent présentés comme anodins à une mécanique de banalisation où les limites des filles et des femmes ne sont plus prises au sérieux. L’entourage, en détournant les yeux ou en relativisant les faits, devient lui aussi partie prenante du problème.

Le récit opère ensuite un changement de perspective. Les témoins cessent de rester passifs et commencent à soutenir les victimes. Deutsche Telekom transforme alors le proverbe pour lui donner un autre sens : « Ceux qui s’aiment se respectent » et « Ceux qui s’aiment se soutiennent ».

Du malaise à la prise de conscience

Conçu par l’agence Jung von Matt Hamburg, sous la direction de Thomas Heyen, le film a été réalisé par Zornitsa Dimitrova avec la société de production Simon & Paul. La réalisatrice a volontairement cherché à rendre ces 89 secondes inconfortables, afin de rappeler que certaines personnes subissent quotidiennement les situations montrées à l’écran.

Selon les chiffres relayés par Deutsche Telekom, une femme sur cinq en Allemagne aurait subi une forme de violence numérique au cours des cinq dernières années. La proportion dépasserait 60 % chez les jeunes femmes, tandis que seuls 2,4 % des faits seraient signalés aux autorités.

Lancée le 21 septembre 2026, la campagne est diffusée à la télévision, au cinéma, en ligne, sur les réseaux sociaux, à la radio, dans des podcasts et sur des supports d’affichage. En multipliant les points de contact, Deutsche Telekom invite surtout le public à ne plus laisser une petite phrase étouffer des comportements qui exigent une réaction.

Cette mécanique du geste anodin qui finit par exposer ses victimes rappelle une autre prise de parole de Deutsche Telekom. Imaginée avec adam&eveDDB, sa campagne où une Ella adulte créée en deepfake interpelle ses parents transforme de simples photos partagées en ligne en avertissement troublant sur les traces numériques laissées dès l’enfance.