Il y a des objets qui refusent de choisir leur camp. Les guitares de Vlado Plateis, artisan slovène derrière le projet Plateis Guitars, en font partie : mi-instruments de musique, mi-sculptures industrielles, elles naissent toutes d’une culasse de moteur automobile récupérée, une pièce normalement vouée à la casse.

Le geste est simple sur le papier, radical dans l’exécution. Plateis prend la culasse comme corps de la guitare et construit autour d’elle, sans rien polir ni maquiller. Les arêtes usinées, les trous de boulons, les cavités de chambre de combustion restent visibles. L’histoire mécanique de la pièce devient le langage visuel de l’instrument fini.

Découvrez
l'agence créative
de Creapills.

Stratégie, création, production : nous accompagnons les marques en quête de créativité. UNIQLO, Hasbro, Paramount, Crédit Agricole et plus de 100 autres nous font confiance.

Découvrez nos campagnes

Quand la matière brute devient le concept

Tout repose sur une tension. Le hardware de guitare, micros, mécaniques et cordes, est propre et calibré. Posé sur la topographie irrégulière de la fonte, il crée un contraste presque frontal entre l’industriel de masse et une pièce lourde, asymétrique, marquée par une vie mécanique. Les deux ne s’opposent pas : ils dialoguent, et c’est précisément ce dialogue qui retient le regard.

Une silhouette dictée par le moteur d’origine

Chaque culasse impose sa propre géométrie, ce qui rend toute reproduction impossible. Une guitare née d’une Toyota Corolla n’a rien à voir avec une autre issue d’une Mitsubishi Colt. Le motif des boulons, la disposition des ailettes, la masse : tout est hérité plutôt que dessiné. Plateis n’impose pas une forme, il révèle celle qui dormait déjà dans le métal.

L’honnêteté du matériau comme signature

Le refus de décorer est ici une esthétique à part entière. Pas de peinture, aucun ornement superflu, jamais de tentative de faire passer la culasse pour autre chose. Cette franchise place le travail dans la lignée du mobilier Shaker ou des objets Braun : une chose doit ressembler exactement à ce qu’elle est. Appliqué à de la ferraille automobile, le principe produit un résultat inattendu.

Trois mois de travail pour un objet à raconter

L’artisan ne fabrique qu’une pièce à la fois, soit environ trois mois par guitare. La culasse est préparée, adaptée, puis mariée aux composants, avec un vrai travail sur l’équilibre, la solidité, la tenue d’accord et le son. Des modèles comme la Ghost, née d’un moteur Dodge DOHC 2,4 l, ou la Sorell, tirée d’une Corolla de 4,1 kg, portent chacun un récit distinct.

À l’heure où l’upcycling vire trop souvent au discours cosmétique, Plateis inverse la logique : la matière n’est pas un argument ajouté après coup, elle est le point de départ. Le résultat parle autant aux musiciens et aux collectionneurs qu’aux amateurs de design, et rappelle qu’une contrainte bien regardée peut nourrir un vrai dispositif créatif. Vous pouvez retrouver le travail de Vlado Plateis sur son compte Instagram.

La récup’ comme point de départ d’un instrument, l’idée n’est pas isolée. Dans un registre plus domestique, un vidéaste belge de la chaîne tchiks guitare a fabriqué une guitare électrique à partir de vieux meubles IKEA recyclés, du berceau en bois au manche taillé dans une tablette photo. Même geste de détournement, matière radicalement opposée : au métal lourd de Plateis répond ici la légèreté du bois suédois.