Quinze ans après avoir été détenu au secret en Chine, Ai Weiwei retourne volontairement en cellule. Non plus comme prisonnier, mais comme sujet d’une performance qui fait de l’un des épisodes les plus sombres de sa vie une réflexion à ciel ouvert sur la surveillance, la mémoire et le pouvoir politique.
Intitulée « Sewing a Button », l’œuvre s’est déroulée les 3 et 4 juillet aux Aviva Studios de Manchester, siège de l’organisation artistique Factory International. Pendant 24 heures, l’artiste a vécu dans une reconstitution grandeur nature de la cellule où il a été enfermé 81 jours en 2011, sous l’œil permanent de caméras de vidéosurveillance.
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Une cellule reconstituée au millimètre
La reproduction, signée du cabinet d’architecture Hawkins\Brown, reprend les dimensions exactes de la pièce d’origine, soit environ 26 mètres carrés. À l’intérieur, le public observe Ai Weiwei dormir, manger, se laver, écrire ou faire de l’exercice. Des caméras diffusent chaque scène dans tout le lieu, plaçant les spectateurs dans la position même des gardiens qui le surveillaient jour et nuit.
Un bouton pour tout point de départ
Le titre de la performance vient d’un détail intime de la détention. Après deux mois passés sans rien pour tenir son pantalon, un gardien avait fini par lui apporter une aiguille et du fil pour recoudre un bouton. C’est cette scène minuscule, presque dérisoire, qui donne son nom à l’ensemble et rappelle que l’enfermement se joue aussi dans les gestes les plus ordinaires.

Des interrogatoires confiés à de vrais journalistes
Pour recréer la tension des interrogatoires, Ai Weiwei a fait appel à quatre journalistes et animateurs reconnus : Nihal Arthanayake, Emma Dabiri, Lemn Sissay et Zing Tsjeng. Neuf comédiens complètent le dispositif dans les rôles de gardiens et de médecins, tandis que le duo électro Space Afrika, basé entre Manchester et Berlin, signe la bande sonore et assure un set de mix en direct.

Une exposition monumentale en toile de fond
« Sewing a Button » constitue la pièce centrale de « Button Up! », la plus vaste installation in situ jamais conçue par l’artiste. On y retrouve deux commandes inédites, « Eight-Nation Alliance Flags », une série de drapeaux ornés d’un demi-million de boutons, et une nouvelle version de « History of Bombs », une fresque assemblée à partir de plus d’un million de briques de jeu.

Quand la surveillance devient matière
L’idée forte tient dans ce renversement : en s’exposant volontairement aux caméras, Ai Weiwei convertit l’outil de son oppression en médium artistique et fait du spectateur un rouage du dispositif de surveillance. Diffusée en direct en ligne et relayée sur des écrans à Melbourne, Buenos Aires, Paris et sur Piccadilly Circus via la plateforme CIRCA de Josef O’Connor, la performance rappelle que l’enfermement n’a aujourd’hui plus de frontières.
Faire d’une prison une matière artistique n’est pas une exclusivité d’Ai Weiwei. En Angleterre, un autre nom majeur du milieu a poussé l’idée jusqu’au bâtiment lui-même : Banksy a lancé une levée de 11,6 millions d’euros pour racheter la prison où fut emprisonné Oscar Wilde et la convertir en centre artistique.





