Suivre un échange de tennis quand on ne voit pas, ou mal, relève de l’impossible : la balle file, rebondit, change de trajectoire, et il ne reste souvent qu’à attendre l’annonce du point. Pour les 285 millions de personnes concernées par une déficience visuelle sévère dans le monde, le sport en direct se vit largement en retrait. Wimbledon décide de s’attaquer frontalement à ce plafond de verre.

Pour l’édition 2026 du tournoi, le All England Lawn Tennis Club, l’agence AKQA et la société de tracking sportif Hawk-Eye Innovations lancent HawkAR : Inclusive Feed, une couche d’accessibilité multi-sensorielle diffusée sur chaque point des matchs de simple du Centre Court. Le flux est disponible sur BBC iPlayer dès le premier jour du tableau principal, dans la section Audio Described.

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Deux technologies qui font parler la donnée

Le dispositif repose sur la fusion de deux briques jusqu’ici séparées. Action Audio, signée AKQA, convertit les données de suivi de balle et de joueurs de Hawk-Eye en un paysage sonore 3D en temps réel : le spectateur entend la vitesse, la trajectoire et la proximité de la ligne. En parallèle, HawkAR, développée par Hawk-Eye Innovations, superpose à l’image un calque visuel à fort contraste des points de rebond et des lignes de frappe, pensé pour les personnes malvoyantes.

Cinq ans d’itération, de Melbourne à Londres

L’idée n’est pas née à Wimbledon. Action Audio avait été présentée dès 2021 à l’Open d’Australie, un projet pro bono mené par AKQA avec Tennis Australia et l’université Monash, déjà co-conçu avec la communauté aveugle et malvoyante. Cinq ans plus tard, l’intégration à l’infrastructure de Hawk-Eye fait passer ce marketing sensoriel du statut d’expérimentation à celui de standard déployé sur l’un des tournois les plus regardés au monde.

L’accessibilité comme expérience, pas comme option

Là où beaucoup de marques traitent l’accessibilité comme une case à cocher, ce dispositif créatif la place au cœur du récit. Le flux a été construit directement avec des membres de la communauté concernée et validé par la RNIB (Royal National Institute of Blind People), dont le chargé de recherche Jonny Marshall y voit un vrai saut en avant pour l’égalité d’accès au spectacle sportif. Une logique de brand utility qui donne au geste toute sa crédibilité.

Un modèle appelé à dépasser le tennis

Pour Wimbledon, l’opération prolonge une tradition d’innovation au service de l’expérience spectateur, portée côté institution par Paul Davies, directeur associé broadcast du club. Côté agences, Ben Crossing, CEO de Hawk-Eye Innovations, comme Tim Devine, Global Chief Invention Officer d’AKQA, insistent sur un point : la technologie existe déjà sur des dizaines de tournois, ce qui rend le modèle facilement réplicable. De quoi faire du sport en direct un terrain de marketing expérientiel réellement inclusif, bien au-delà du tennis.

Le tennis passe ici par l’oreille et l’œil augmenté, mais l’ouïe n’est pas le seul sens capable de rendre le sport à celles et ceux qui ne le voient pas. Dans un registre voisin, la société OneCourt mise sur le toucher avec une tablette tactile qui restitue chaque action du match par vibrations, une sorte de braille sportif déjà testé en NBA et en MLB.

« Pour les supporters aveugles ou malvoyants, avec des repères audio spatialisés synchronisés
et des superpositions visuelles en réalité augmentée. »