Le tourisme polaire traîne une contradiction bien connue : on va admirer des glaciers en brûlant du fioul lourd. SELAR prend le problème par la technique avec le Captain Arctic, un voilier d’expédition de 69 mètres dont les voiles rigides servent à la fois de propulsion et de centrale électrique. Premiers départs en janvier 2027.
Trente-six passagers, vingt-quatre membres d’équipage, des itinéraires vers le Svalbard, la Norvège et le Groenland. Le navire est actuellement en construction au chantier CNOI, à l’île Maurice, mais son positionnement est déjà limpide : transformer la sobriété énergétique en argument d’expérience plutôt qu’en contrainte à faire accepter.
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Des voiles qui fabriquent l’électricité du bord
Cinq voiles rigides et rétractables de 35 mètres de haut assurent la propulsion principale dès que le vent le permet. Elles intègrent surtout 2 000 m² de cellules photovoltaïques qui rechargent le parc de batteries alimentant la vie à bord. Développée par Cormoran, cette technologie brevetée constitue une première mondiale à cette échelle sur un navire d’expédition.

Quand les hélices se transforment en turbines
L’astuce d’ingénierie va plus loin. En navigation sous voile, les hélices fonctionnent en sens inverse et produisent du courant par hydrogénération. Si le vent faiblit, les moteurs électriques et les batteries prennent le relais, avec en dernier recours des générateurs alimentés aux biocarburants durables. L’ensemble permet de réduire jusqu’à 90 % les émissions de CO2 par passager.

Le silence comme expérience de voyage
C’est là que l’ingénierie devient argument de marque. Sans vibrations ni odeurs, le navire limite les perturbations pour la faune marine et offre une navigation silencieuse, ce qui change radicalement la manière d’approcher une baie ou un groupe de cétacés. Du marketing expérientiel dans sa forme la plus juste : la performance environnementale se ressent au lieu de se déclarer.

Granulés de bois et eaux usées recyclées
La même logique irrigue le reste du bateau. Chauffage aux granulés de bois, une première mondiale sur ce type de navire, isolation renforcée, récupération de chaleur, eaux usées converties en eau technique, déchets alimentaires valorisés en combustible et production d’eau douce par osmose inverse. Chaque poste vise à réduire les rejets en mer au-delà des réglementations internationales.

Un camp de base flottant plutôt qu’un paquebot
Avec 36 passagers pour 24 membres d’équipage, SELAR assume une approche puriste : plus de temps à terre, des débarquements en petits groupes, des zodiacs électriques, kayaks, ski nordique, raquettes, sauna et bain polaire, le tout inclus. Le navire est pensé comme un camp de base, avec cette formule qui résume bien l’intention : à bord, il devient l’unique réseau social.

Une caution scientifique embarquée
Conçu par l’architecte naval Laurent Mermier et imaginé par Joséphine Fossey Office pour les intérieurs, le Captain Arctic accueillera aussi une station d’observation de Météo-France et d’autres équipements scientifiques développés avec des instituts européens. Une stratégie de marque habile, qui ancre le projet dans l’utilité plutôt que dans la seule promesse touristique.
Le retour du vent ne concerne pas que le tourisme polaire : côté fret, la startup toulousaine Airseas a développé SeaWing, un cerf-volant de 1000 m² qui tracte les navires de commerce et fait baisser leur consommation de carburant de 20 %. Même intuition que SELAR, appliquée cette fois au transport de marchandises : la voile redevient rentable dès qu’on l’automatise.





