Le flan est en verre. La cerise est en verre. Et la fine coulée de caramel qui brille sur le dessus l’est aussi. À première vue, on croirait un dessert posé sur la table d’un vieux kissaten japonais, prêt à fondre sous la cuillère. En réalité, l’objet sort d’un four d’Osaka, froid au toucher, lourd comme une pierre, et il ne fondra jamais.
Derrière ces trompe-l’œil, il y a Miwa Ito, artiste verrière japonaise qui souffle le verre en plats du quotidien. Et son répertoire ne se limite pas aux sucreries : burger, tacos, pizza, donuts, hot dog, œuf au plat avec son bacon, gyoza translucide ou bol de ramen fumant. Tout semble tiède et moelleux, alors que la matière est dure, brillante et parfaitement intouchable. C’est cette contradiction qui fait toute la force de son travail.
Découvrez
l'agence créative
de Creapills.
Stratégie, création, production : nous accompagnons les marques en quête de créativité. UNIQLO, Hasbro, Paramount, Crédit Agricole et plus de 100 autres nous font confiance.



Un verre qui se déguise en nourriture
Le tour de force tient dans le procédé. Le soufflage de verre repose sur la chaleur, le souffle, la gravité et une fenêtre de quelques secondes pendant laquelle la matière reste malléable. Pour qu’un verre incandescent se lise comme du flan, de la pâte à burger ou de la peau frite, Miwa Ito doit épouser la manière dont il veut déjà bouger. Trop de contrôle fige la pièce, trop peu la fait s’effondrer.

« Glassman poo poo », l’atelier transformé en contenu viral
En 2024, l’artiste lance Glassman poo poo, un projet vidéo qui filme la fabrication en direct, presque comme une recette de cuisine. On la voit cueillir le verre fondu, le couper, le réchauffer, l’assembler jusqu’à voir surgir un donut ou une assiette de riz frit. Certaines vidéos dépassent les 100 000 likes sur son compte Instagram @miwaito.official, y compris auprès de publics qui ne suivent jamais un art aussi traditionnel que la verrerie. La leçon de stratégie de contenu est limpide : montrer le geste vaut mieux que montrer le résultat.
Le reste de son travail prolonge la même logique. Ses Goofy Goblets penchent dans des couleurs vives, ses Slime Mugs semblent encore en mouvement, ses Chubby Mugs évoquent de petites tasses ventrues sorties d’un dessin animé. Vases, soucoupes et animaux flirtent avec le même seuil étrange : reconnaissables, sympathiques, mais toujours figés dans la dureté du verre.
« Itadakimasu », la gratitude au cœur des assiettes
Derrière le jeu, il y a une intention. Élevée dans une famille shinto, Miwa Ito relie ses plats au mot itadakimasu, prononcé avant de manger pour remercier la vie, le travail du cuisinier et tout ce qui se cache derrière le repas. Ses sculptures comestibles deviennent une façon de rendre hommage à ce qui nourrit, la terre, la famille, l’environnement, sous une forme légère et chaleureuse plutôt que solennelle.
Sur son site officiel, l’artiste résume sa démarche par une formule, Love the Earth. Le verre, écrit-elle, est lui-même un fragment de terre façonné par le feu, l’air et la gravité. Diplômée de l’université Kindai en 2018 et installée au studio GGG Glassblowing à Osaka, elle a déjà exposé à Londres, Taipei, Fukuoka et Séoul, portée par une communauté de 320 000 abonnés sur Instagram.






