Une immense vague noire et blanche semble sur le point de submerger la Bibliothèque apostolique vaticane. Baptisée « DILUVIUM », cette installation de l’artiste français JR recouvre la façade du XVIe siècle sur 70 mètres de large et 30 mètres de haut, face à la cour du Belvédère.
Inaugurée le 14 septembre 2026 par le pape Léon XIV, l’œuvre ouvre l’exposition « AQVA, Catastrophe et Émerveillement ». Elle matérialise une crainte très concrète pour une institution chargée de préserver des siècles de savoir : voir l’eau emporter les livres, les archives et la mémoire qu’ils renferment.
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Une gravure du Déluge agrandie à l’échelle d’un palais
Pour créer cette vague, JR s’est inspiré d’une illustration du Déluge réalisée par Gustave Doré pour une Bible française publiée en 1866. L’artiste en a isolé un fragment avant de l’agrandir jusqu’à envelopper presque entièrement la façade. L’image historique prend ainsi une dimension saisissante, comme si la catastrophe biblique surgissait dans la cour du Vatican.
Le choix du bâtiment renforce l’illusion. Derrière cette masse d’eau figée se trouve précisément un lieu consacré à la conservation de documents fragiles. La vague ne représente donc pas seulement une catastrophe spectaculaire : elle rend visible la vulnérabilité du patrimoine face à un élément capable d’effacer des siècles d’histoire.
JR associe également « DILUVIUM » à des menaces plus contemporaines, du changement climatique à l’intelligence artificielle, qu’il décrit comme une nouvelle vague absorbant une quantité considérable de connaissances. Une lecture qui transforme cette scène de déluge en métaphore des bouleversements difficiles à contenir.
L’eau, ennemie et alliée des livres
L’exposition « AQVA » explore justement les deux visages de l’eau. Celle-ci peut détruire le papier et les manuscrits, mais elle intervient aussi dans la fabrication et la restauration des livres. Des pièces issues des collections de la bibliothèque dialoguent avec les créations de JR, du typographe américain Bill Moran et du chef italien Fulvio Pierangelini.
Ce premier rendez-vous lance un cycle de cinq ans consacré aux menaces qui pèsent sur les livres, parmi lesquelles le feu, la lumière, les insectes et l’intervention humaine. Organisée par Giacomo Cardinali, Simona De Crescenzo, Francesca Giannetto et Delio Proverbio, l’exposition sera ouverte au public du 25 septembre 2026 au 14 mai 2027.
En faisant surgir un paysage impossible sur une architecture familière, JR prolonge une démarche déjà explorée à Paris. L’artiste avait aussi imaginé un trompe-l’œil géant transformant le Pont Neuf en grotte rocheuse, en hommage à Christo et Jeanne-Claude. Une autre façon de détourner un monument en jouant sur sa matière, son histoire et notre perception.






