Des vitamines achetées pour finir dans les toilettes : voilà un trajet que les emballages de compléments alimentaires racontent rarement. La chaîne de pharmacies suédoise Apotek Hjärtat en a fait le point de départ de Vitamin P(ee), des gummies contenant de la vitamine C récupérée dans de l’urine humaine. Une création bien réelle, mais qui n’est pas destinée à la vente.

Conçue avec l’agence Wenderfalck, cette opération invite à réfléchir aux compléments que l’on consomme sans forcément en avoir besoin. Le raisonnement prend une forme très concrète : récupérer une vitamine éliminée par le corps pour montrer où peut finir une partie de ce que l’on achète. Pour une pharmacie, le parti pris est intéressant : parler de ces produits en questionnant leur usage plutôt qu’en encourageant à en prendre davantage.

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De l’urine aux gummies, en passant par le laboratoire

Pour fabriquer Vitamin P(ee), Apotek Hjärtat a recueilli l’excédent de vitamine C rejeté dans les urines d’un groupe de consommateurs. Le projet a été mené avec Jonas Bergquist, chercheur au Centre biomédical d’Uppsala. La vitamine a été extraite et purifiée, puis incorporée dans les gommes. Il ne s’agit donc pas d’ajouter directement de l’urine à des bonbons, une distinction qui mérite d’être faite.

Le nom lui-même annonce la couleur : « pee » signifie « pipi » en anglais. Derrière cette appellation volontairement peu appétissante, la campagne matérialise un phénomène habituellement invisible. L’excédent de vitamine C, qui est hydrosoluble, peut être évacué par les urines. Le récupérer donne une présence tangible à ce gaspillage.

Cette démarche s’appuie sur une enquête réalisée par Verian pour Apotek Hjärtat auprès de 4 213 personnes en Suède. Parmi les consommateurs de compléments interrogés, 8 % déclarent avoir déjà dépassé la dose recommandée et 21 % n’y voient aucun risque. Ces résultats éclairent le choix d’un objet provocateur pour ouvrir une conversation sur les besoins réels du corps.

Un faux lancement pour un vrai conseil pharmaceutique

Le sujet dépasse toutefois l’argent évacué aux toilettes. La chaîne rappelle que des doses excessives de certains autres compléments peuvent avoir des conséquences graves et que des interactions avec des médicaments sont possibles. La vitamine C sert ici de porte d’entrée visuelle, pas de modèle pour expliquer le devenir de toutes les vitamines.

Avec ces gummies non commercialisés, Apotek Hjärtat met ainsi en scène son rôle de conseil. L’objet attire l’attention par son origine insolite, puis ramène à des questions plus utiles : quel besoin, quelle dose, quelles associations ? Le produit n’est pas à acheter. C’est précisément le propos.

Si Apotek Hjärtat détourne les gummies pour questionner notre consommation de vitamines, le design explore aussi leur place dans les objets du quotidien. Avec PAUM, des mitaines intégrant de la vitamine D , Chloé Sayad imagine un accessoire pensé pour le bien-être hivernal. Un projet de diplôme mené à STRATE École de Design à Lyon, qui aborde les vitamines sous l’angle du textile et du rituel de soin.