Pour sensibiliser au consentement, le Centre d’aide aux victimes de viol de Dublin a choisi de mettre en scène une adolescente réticente à recevoir une étreinte de ses grands-parents. Un raccourci créatif contestable, qui a fini par détourner l’attention de la cause défendue. Face aux critiques, la campagne a été retirée.

Un câlin de grands-parents était-il le meilleur point de départ pour une campagne sur le consentement portée par un centre d’aide aux victimes de viol ? En Irlande, le Dublin Rape Crisis Centre (DRCC) a tenté ce rapprochement dans le cadre de son programme We-Consent. Lancée mi-septembre 2026, la campagne en ligne a finalement été retirée après des réactions négatives, rapporte Ouest-France.

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L’intention se comprend : rappeler qu’un geste affectueux n’est pas nécessairement souhaité, même lorsqu’il vient d’un proche. Mais entre ce principe légitime et sa mise en scène, il y a un choix de communication qui mérite d’être interrogé. À vouloir rendre le consentement accessible à travers une situation familière, le clip crée une ambiguïté qu’il ne prend pas la peine de lever.

Une scène familiale qui brouille le propos

La vidéo montre des grands-parents enlacer leur petit-fils, ravi de ce geste. Lorsqu’ils s’apprêtent à faire de même avec leur petite-fille, celle-ci affiche nettement moins d’enthousiasme. Le clip s’arrête sur ce contraste, accompagné du message : « Tout le monde n’est pas demandeur d’un câlin. »

Sur le fond, un enfant doit pouvoir refuser une étreinte. L’affection familiale ne dispense pas de respecter ses limites. Le problème tient davantage au cadrage : dans une campagne portée par un organisme de lutte contre les violences sexuelles, le choix de cette scène risque de charger un geste affectueux d’un sous-entendu que le film n’explicite jamais.

Le clip ne présente pas explicitement le câlin comme une violence sexuelle. Mais il laisse au public le soin de comprendre le lien entre ces deux registres. C’est précisément la faiblesse de l’idée : une campagne de sensibilisation devrait clarifier les notions qu’elle aborde. Ici, le raccourci ouvre surtout la porte à la confusion.

Les grands-parents deviennent le sujet, le consentement passe au second plan

La controverse a gagné le gouvernement irlandais, qui avait financé la campagne. Le ministre de la Justice, Jim O’Callaghan, a dénoncé une représentation dévalorisante des grands-parents. La ministre de la Santé, Jennifer Carroll MacNeill, a également pris ses distances avec la vidéo.

Ces réactions politiques ne suffisent pas, à elles seules, à invalider le message. Elles révèlent toutefois le déplacement provoqué par le choix créatif : au lieu d’ouvrir une discussion sur le consentement, le film a déclenché un débat sur la manière dont il représentait les grands-parents.

Le DRCC a indiqué avoir retiré la campagne à la suite des réactions négatives. Pour une opération censée faciliter la compréhension d’un sujet sensible, ce dénouement souligne les limites de l’exécution.

Une intention légitime ne suffit pas à faire une bonne campagne

Une campagne sur le consentement peut parfaitement partir de situations ordinaires. Encore faut-il expliquer ce qu’elles permettent de comprendre, sans laisser croire que tous les gestes non désirés relèvent du même registre.

Ici, le contraste entre les deux petits-enfants tient lieu de démonstration. Il illustre une différence d’envie, mais ne construit pas suffisamment le passage vers le sujet plus large que l’association entend défendre.

Respecter le refus d’un enfant est un message utile. Choisir les câlins des grands-parents pour le porter dans ce contexte, sans davantage de pédagogie, était un pari fragile. Le sujet méritait mieux qu’une ambiguïté dont la polémique a fini par prendre toute la place.

Mais le recours aux grands-parents a cristallisé la controverse. Le ministre irlandais de la Justice, Jim O’Callaghan, a jugé le clip « inapproprié et dévalorisant envers les grands-parents », tout en soulignant la place positive qu’ils peuvent avoir dans la vie d’un enfant. La ministre de la Santé, Jennifer Carroll MacNeill, a également indiqué que le gouvernement ne soutenait pas la vidéo, alors qu’il avait financé la campagne.

Le DRCC a expliqué avoir retiré celle-ci en raison des réactions négatives. Ce cas illustre la difficulté d’un tel parti pris : utiliser une scène familière permet de rendre une notion concrète, mais le choix des personnages peut aussi déplacer la discussion. Ici, le débat sur le consentement aux gestes affectueux s’est doublé d’une controverse sur la représentation des grands-parents.

« Tout le monde n’aime pas les câlins. Même de la part des gens qui les aiment.
Bizarre ? Peut-être. Important ? Absolument. »

Un câlin imposé, une photo publiée sans y penser : les bonnes intentions des adultes laissent parfois peu de place au choix des enfants. Ce décalage nourrit aussi la campagne contre le sharenting de la Data Protection Commission. En déplaçant le regard sur les photos de famille, ce film irlandais donne une autre portée à ces gestes que l’on croit anodins.