Sur une place publique de Melbourne, un immense bouton rouge propose aux passants de « faire fonctionner l’Australie sans travailleurs migrants ». Un homme s’approche, se demande ce qui pourrait bien arriver et appuie dessus avec insouciance. En quelques secondes, son quotidien commence à se dérégler.

Lancée en octobre 2026 par l’Australian Hotels Association, cette campagne générée à l’aide de l’intelligence artificielle imagine les conséquences immédiates d’une disparition de la main-d’œuvre étrangère. Hôtellerie, restauration, agriculture, livraison et services de soin sont touchés dans une succession de scènes absurdes et grinçantes.

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Quand le confort quotidien s’effondre

Dans les cafés et les pubs, des baristas et des serveurs reçoivent sur leur téléphone un message leur ordonnant de quitter le pays. Ils abandonnent aussitôt leur poste, laissant derrière eux des collègues débordés et des clients sans service.

Au supermarché, les rayons de fruits et légumes sont presque entièrement vides. Une pomme abîmée, qui n’a pas été récoltée à temps faute de travailleurs, est affichée à plus de 47 dollars. Même commander un repas ne constitue plus une solution rapide, puisque l’application de livraison annonce désormais une arrivée pour le lendemain.

Le chaos gagne aussi les hôtels et les services de bien-être. Un réceptionniste remet des serviettes propres et une brosse de toilettes à des clients âgés afin qu’ils nettoient eux-mêmes leur chambre. Dans un salon de pédicure déserté, les clientes se retrouvent à se poncer mutuellement les pieds.

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La chute ramène finalement le protagoniste auprès de sa mère âgée et alitée. Son aide-soignante ayant dû partir, celle-ci tend un rouleau de papier toilette à son fils et lui demande de l’aider à s’essuyer. Le film transforme alors une question politique abstraite en une situation aussi intime qu’embarrassante.

Une satire contre les réductions de visas

Commanditée par Stephen Ferguson, directeur général de l’Australian Hotels Association, la campagne intervient en plein débat sur la réduction de l’immigration en Australie. L’organisation rappelle que les secteurs de l’hôtellerie, de l’agriculture et de la santé rencontrent déjà d’importantes difficultés de recrutement.

Plutôt que de raconter le parcours des travailleurs concernés, le film s’adresse directement au confort du citoyen moyen. Chaque saynète pose la même question : qui effectuera ces tâches si les personnes qui les assurent aujourd’hui doivent partir ?

Hospitality NT, qui relaie la campagne, alerte notamment sur les nouvelles restrictions visant les titulaires d’un visa vacances-travail souhaitant rester une deuxième ou une troisième année. Selon l’organisation, elles pourraient entraîner la perte de 40 000 travailleurs dans les régions rurales et éloignées, particulièrement dépendantes de cette main-d’œuvre mobile.

Quand l’AHA mise sur la perte de confort pour matérialiser les effets d’une politique migratoire, Women’s March WIN déplace le malaise jusque dans la sphère familiale. Aux États-Unis, sa campagne qui interpelle les agents de l’ICE à travers le regard de leurs enfants transforme elle aussi une décision politique en question impossible à esquiver.