À mesure que les modèles d’IA aspirent tout ce qui traîne en ligne, une question revient chez les créatifs comme chez les marques : comment garder un texte lisible pour un humain, mais illisible pour une machine ? Le studio Mixfont, porté par son fondateur Eric Lu, y répond avec Decoy, une police qui affiche deux messages différents selon la distance à laquelle on la regarde.

Le principe tient en une phrase. De près, l’œil lit un mot. En reculant ou en plissant les yeux, un autre mot apparaît à la place. C’est ce second message, invisible pour qui lit collé à l’écran, que Decoy cherche à soustraire à la lecture automatisée des IA et des outils d’OCR.

Découvrez
l'agence créative
de Creapills.

Stratégie, création, production : nous accompagnons les marques en quête de créativité. UNIQLO, Hasbro, Paramount, Crédit Agricole et plus de 100 autres nous font confiance.

Découvrez nos campagnes

Deux messages dans une même lettre

La mécanique repose sur les fréquences spatiales. Chaque lettre superpose deux informations : un tracé fin et nettement détouré au premier plan, et une masse floue à basse fréquence en arrière-plan. Comme les IA analysent une image pixel par pixel, elles s’accrochent au tracé net et manquent le message caché, que l’œil humain reconstitue en prenant du recul.

Une vieille illusion recyclée en typographie

L’idée n’est pas neuve, elle est empruntée aux images hybrides étudiées de longue date par les spécialistes des illusions d’optique. La plus célèbre reste ce portrait qui montre Einstein de près et Marilyn Monroe de loin. Mixfont transpose ce jeu de perception à l’alphabet, et fait d’une simple police un dispositif créatif de camouflage.

Une vraie police TTF, pas seulement une démo

Là où beaucoup d’expérimentations restent des concepts, Decoy existe comme un vrai fichier TTF, téléchargeable et installable. Dérivée de la fonte libre DejaVu Sans Mono, elle est gratuite pour un usage personnel, commercial ou client. On peut donc taper un texte normalement et le voir s’habiller de ce double langage, sans montage vidéo ni animation à prévoir.

Les anti-AI fonts, une tendance qui s’installe

Decoy s’inscrit dans un courant plus large de polices anti-IA, pensées pour que les messages destinés aux humains ne soient lus que par des humains. C’est le même terrain que Ghost Font, autre expérience de Mixfont qui dissimule son message dans le mouvement plutôt que dans la distance. Deux variations d’une même intuition sur la protection du texte face au scraping.

Gemini 3.5 échoue à lire le message

Un gadget malin plus qu’un rempart

Reste que Mixfont ne survend rien. Testée par la communauté de Hacker News, la police se laisse parfois déchiffrer, et quelques instructions bien senties suffisent souvent à guider un agent vers le message caché. Le studio l’admet volontiers : ce n’est pas vraiment utile, ça n’arrête pas franchement l’IA, mais c’est malin. La vraie limite est là : si un humain repère l’astuce, il peut l’expliquer à la machine. En attendant, comme premier point de confusion contre la lecture automatisée, Decoy fait très bien le travail. Pour la tester, rendez-vous sur mixfont.com.

Là où Decoy s’amuse à brouiller l’œil des machines, d’autres typographies s’attaquent plutôt au nôtre. C’est le cas de la Hellvetica de Zack Roif et Matthew Woodward, une Helvetica volontairement désaxée, dont la chasse détraquée et les lettres faussement mal alignées jouent sur l’illusion optique pour infliger un vrai supplice visuel aux graphistes.