Le 7 juillet 2026, un objet inattendu a fait son entrée sous les voûtes de Notre-Dame de Paris. Ni cloche ni orgue de retour de restauration, mais une guitare électrique. L’instrument a été façonné à partir d’une poutre en chêne en partie calcinée, retrouvée dans les décombres de la cathédrale après l’incendie du 15 avril 2019.
Derrière ce projet, l’établissement public Rebâtir Notre-Dame de Paris et le luthier Jonathan Berg, fondateur de Berg Guitares. L’idée : transformer un fragment de bois voué au rebut en une pièce vivante, faite pour être jouée. Une manière de prolonger l’histoire du monument autrement que par la pierre.
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Du beffroi nord à la table d’harmonie
Le bois provient d’un plancher du beffroi nord, endommagé par les flammes et impossible à réemployer lors des travaux achevés en 2024. C’est via les Ateliers Perrault, charpentiers en charge de la restauration des deux beffrois, que Jonathan Berg a récupéré la matière. Un chêne massif du XIXe siècle, torturé par le feu, dont il a fallu isoler les parties les moins abîmées.

L’exécution force le respect : plus de mille heures de travail, près de trois mois passés sur l’instrument. Les incrustations en laiton, dites en dentelle, s’inspirent de la rosace sud de la cathédrale et mêlent marqueterie ancestrale et gravure laser. Une citation de Théophile Gautier y est gravée, hommage discret à celui qui comparait l’édifice à un bijou d’émail.
Mille heures pour une dentelle de laiton
Philippe Jost, président de l’établissement public, insiste : la guitare n’a pas vocation à rejoindre un musée. Elle est faite pour être jouée, mise entre les mains de musiciens. Entièrement française jusqu’à l’accastillage, elle n’est d’ailleurs pas à vendre et circulera dans le cadre de partenariats au bénéfice des travaux complémentaires du monument.
À l’essai, l’instrument convainc. Eddie Purple, guitariste d’Orelsan et d’Oxmo Puccino, décrit une guitare lourde à la Gibson, au son claquant et au sustain quasi infini. Il évoque un côté mystique, la sensation que chaque note lévite. Des contacts auraient déjà été esquissés avec Vianney pour lui offrir une scène.
Quand les flammes laissent place aux notes
Toute l’émotion du projet tient dans cette bascule. Un bois torturé par le feu, portant encore ses cicatrices, qui recommence à vibrer. Jonathan Berg voulait faire revivre une pièce à la charge symbolique immense, « rebâtir à ma façon ». Là où l’incendie avait endeuillé le ciel de Paris, l’instrument fait désormais résonner d’autres vibrations.
Reste une réflexion plus intime que le luthier tire de l’expérience. Face à un monde qui s’accélère et se numérise, il défend un travail manuel dont le temps reste incompressible. Mille heures pour un seul objet : c’est aussi cela que raconte cette guitare, la valeur d’un geste artisanal qui refuse la précipitation.
Le bois n’est pas le seul vestige de la cathédrale à trouver une seconde vie. Dans un registre voisin, la Fondation du Patrimoine avait mis en jeu de véritables pierres de Notre-Dame, fragments de calcaire trop abîmés pour être réintégrés, offerts aux donateurs d’une loterie solidaire au profit du patrimoine religieux.







