Un visage jaune qui pleure à grosses larmes et un diable : à Tokyo, Shōei Matsuda a sorti deux emojis de nos écrans pour les installer dans la ville. Présentées sous le titre The Big Flat Now, ces sculptures gonflables occupaient le parking attenant à BONUS TRACK, un ensemble de commerces du quartier de Shimokitazawa. Le visage en pleurs mesure à lui seul huit mètres de hauteur.

Ces deux nouvelles créations ont été dévoilées au festival Moon Art Night Shimokitazawa, organisé du 18 septembre au 4 octobre 2026. Elles donnent du volume à des symboles que nous utilisons quotidiennement pour exprimer des sentiments parfois difficiles à mettre en mots. Mais une fois ces visages installés dans la rue, comment interpréter leurs expressions ?

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Un visage en pleurs qui ne dit pas seulement la tristesse

Shōei Matsuda travaille à partir des signes qui circulent sur nos smartphones. Emojis, mots-dièses et badges de vérification deviennent des sculptures et des installations. Pour cette présentation de The Big Flat Now, la fabrication des ballons est créditée à liliam9806, tandis que hommynm assure la supervision 3D.

L’artiste avait déjà utilisé le visage qui rit aux larmes dans ses œuvres précédentes. Cette nouvelle version accompagne une évolution des usages : selon la présentation du festival, le visage qui pleure abondamment est devenu l’emoji le plus utilisé sur les réseaux sociaux en 2025. Le choix du motif suit ainsi les pratiques collectives plutôt qu’une préférence personnelle.

Car ce symbole déborde largement du chagrin. Il peut accompagner une déclaration d’amour, une scène attendrissante ou quelque chose de tellement drôle qu’on ne sait plus quoi répondre. Agrandi à huit mètres, il conserve cette ambiguïté. Chacun peut reconnaître le même visage tout en lui attribuant une émotion différente.

Deux expressions à regarder dans la nuit

Le diable apporte une autre dimension au projet. Dans la démarche de l’artiste, il évoque les différentes facettes de Shimokitazawa, dont l’atmosphère change entre le jour et la nuit. Son apparition accompagne cette transformation du quartier, comme une autre expression qui se révèle après le coucher du soleil.

Le cadre du festival donne aussi une autre lecture à ces visages. Shōei Matsuda rapproche les emojis de la Lune : des images que l’on regarde et partage au-delà des frontières. Le déplacement crée enfin une boucle décrite dans le texte accompagnant le projet : les émotions quittent l’écran pour prendre du volume, puis les visiteurs les photographient et les y font revenir.

Chez Shōei Matsuda, les emojis quittent l’écran pour devenir des œuvres. ND Stevenson fait le trajet inverse en ramenant les grands classiques de l’art dans le langage de nos conversations numériques. Ses tableaux célèbres recréés avec des emojis jouent sur ce même plaisir de reconnaissance : quelques signes familiers suffisent à faire surgir une tout autre image.