L’idée créative en un clin d’œil

  • Lors du réveillon sur les Champs-Élysées, l’association Antoine Alléno détourne le compte à rebours du Nouvel An en projetant “2036” sur l’Arc de Triomphe, interrompant la fête par un message de prévention routière saisissant.
  • Ce chiffre renvoie à la peine maximale de dix ans de prison encourue en cas d’homicide routier avec circonstances aggravantes, transformant une sanction abstraite en horizon temporel brutalement concret.
  • En “hackant” symboliquement l’un des moments les plus festifs et l’un des monuments les plus emblématiques de Paris, l’initiative impose un temps d’arrêt émotionnel et rappelle que la responsabilité au volant peut coûter une décennie de vie.

À quelques minutes du passage à la nouvelle année, la foule massée sur les Champs-Élysées s’attendait à voir apparaître le traditionnel compte à rebours. À la place, un chiffre inattendu s’est imposé sur l’Arc de Triomphe : 2036. Pas une erreur technique, ni un bug visuel, mais un message volontairement déroutant, projeté lors du réveillon pour interrompre la mécanique festive.

Derrière cette projection, l’association Antoine Alléno, en lien avec la Ville de Paris, a choisi de détourner l’un des moments les plus symboliques de l’année pour adresser un message de prévention routière frontal. Une prise de parole rare, à la fois sobre et percutante, pensée pour frapper là où l’attention collective est maximale.

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Un chiffre qui remplace le compte à rebours

Vers 23h30, l’Arc de Triomphe s’est illuminé en bleu, couleur de l’association fondée par Yannick Alléno après la mort de son fils Antoine, tué par un chauffard en 2022. Puis le chiffre 2036 est apparu, suivi de la phrase : « N’attendez pas 10 ans pour fêter votre prochain Nouvel An ».

Le message faisait directement référence à la nouvelle qualification pénale d’homicide routier. Depuis l’adoption de la loi, une personne responsable d’un accident mortel avec circonstances aggravantes encourt jusqu’à dix ans de prison. Dix ans, soit le prochain réveillon si la peine maximale est appliquée. Le choc visuel remplace ici toute démonstration pédagogique.

Un “hacking” symbolique, assumé et inédit

L’opération a été décrite comme un “hacking consenti” du monument. Pour la première fois lors d’un 31 décembre, l’Arc de Triomphe a servi de support à un message de prévention. D’autres phrases ont ensuite défilé, simples et directes : « Ce soir pas d’alcool ou de drogues au volant » et « Prenez soin de vous et des autres ».

Le choix du lieu et du timing donne toute sa puissance à l’initiative. Le réveillon est connu comme l’une des nuits les plus dangereuses de l’année sur les routes, mêlant euphorie collective, fatigue et consommation d’alcool ou de stupéfiants. En s’invitant au cœur même de la célébration, le message ne peut être ignoré.

Quand la loi devient un message visuel

Au-delà de la prévention immédiate, cette projection agit comme un rappel politique et social. L’association Antoine Alléno s’est battue pendant plusieurs années pour que la notion d’homicide routier remplace celle d’homicide involontaire dans les cas les plus graves. Un changement sémantique fort, destiné à reconnaître la responsabilité pleine et entière des conducteurs.

En projetant “2036” sur l’un des monuments les plus emblématiques de Paris, l’association donne une forme concrète à cette loi. Elle transforme une peine abstraite en horizon temporel brutalement compréhensible. Ce n’est plus une sanction théorique, mais une décennie de vie qui disparaît.

Marquer les esprits pour changer les comportements

Chaque année, des milliers de personnes meurent sur les routes françaises, avec une surreprésentation des jeunes adultes. Les chiffres sont connus, mais rarement intégrés dans les comportements. L’ambition de cette prise de parole est précisément là : sortir du registre du rappel institutionnel pour provoquer une réaction émotionnelle immédiate.

En détournant un rituel universel, l’opération réussit à imposer un temps d’arrêt. Quelques secondes de silence mental, juste avant de célébrer. Un message qui ne cherche pas à moraliser, mais à responsabiliser. Et qui rappelle qu’une fête ne devrait jamais se transformer en compte à rebours vers un drame.