Comment raconter une agression dont on ne se souvient pas ? Pour sensibiliser à la soumission chimique, l’association #MendorsPas et Havas Paris ont imaginé une campagne nationale qui s’appuie précisément sur cette absence de souvenirs. Son idée : donner une forme au silence laissé par ces violences.

Lancée le 28 septembre, la campagne repose sur un film réalisé par Rebecca Zlotowski et une série de huit affiches photographiées par Alice Moitié. Gisèle Pelicot en est l’ambassadrice et apparaît à la fin du film pour inviter les personnes ayant un doute à se rapprocher du CRAFS, le Centre de référence sur les agressions facilitées par les substances.

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Des crimes que les victimes ne peuvent pas raconter

Dans le film, plusieurs personnes prennent place dans un studio de tournage. Face à la caméra, une même question leur est posée : « Est-ce que tu peux me raconter ce qu’il s’est passé ? » Avec un beau-père, un compagnon, un collègue ou encore un grand-père. Mais les réponses ne viennent pas.

Les hésitations et les silences deviennent alors le cœur du dispositif. Une personne finit par souffler : « Je ne peux pas. » Le message de la campagne apparaît ensuite : « Il y a des crimes que l’on ne peut pas raconter, parce qu’on ne s’en souvient pas. » Une manière de matérialiser l’un des mécanismes les plus déstabilisants de la soumission chimique : l’impossibilité pour certaines victimes de reconstruire ce qui leur est arrivé.

Porté par une composition originale de l’artiste Ysé, le film se termine avec Gisèle Pelicot. Son intervention rappelle qu’en cas de doute, l’absence de souvenirs ne doit pas empêcher de chercher de l’aide et oriente vers le CRAFS.

Des mots effacés jusque sur les affiches

Le même principe se retrouve dans la campagne d’affichage. Sur les portraits réalisés par la photographe Alice Moitié, les victimes apparaissent accompagnées de phrases volontairement incomplètes, comme « Pendant des années, j’ai été ____ par mon mari ».

À l’endroit du mot manquant, un ruban vient recouvrir la bouche du modèle. Le dispositif transforme ainsi graphiquement l’absence de souvenir en absence de mot : quelque chose s’est produit, mais la victime ne peut ni le restituer ni le raconter complètement.

La campagne rappelle également que la soumission chimique ne se limite pas aux agressions commises par des inconnus dans des contextes festifs. Selon les données mises en avant par #MendorsPas, 75 % des agressions sexuelles sous soumission chimique ont lieu dans le cercle proche. La prise de parole sera diffusée jusqu’au 18 octobre à la télévision, dans la presse, en DOOH, sur les plateformes digitales et les réseaux sociaux. Pour en savoir plus, rendez-vous sur mendorspas.org.